La Belgique risque de devenir un musée roulant : quand la LEZ favorise les vieilles voitures... Une "Cuba automobile belge".
- Etienne De Nil
- il y a 12 minutes
- 3 min de lecture
L’ambition initiale était limpide : réduire la pollution urbaine, encourager les mobilités propres, moderniser l’image des villes. Dans la pratique, une faille réglementaire transforme nos centres en vitrines rétro. Pour les acteurs du tourisme, cela devient un dilemme stratégique : incohérence réglementaire d’un côté, patrimoine vivant de l’autre.
Une règle pensée pour l’environnement… détournée par la mobilité
Les zones à faibles émissions (LEZ) interdisent progressivement les véhicules polluants.
Sauf que : les voitures de plus de 30 ans, immatriculées comme “ancêtres”, sont exemptées.
Ces véhicules, souvent sans normes Euro, sans filtres à particules ni technologies modernes, circulent là où des modèles récents — parfois hybrides ou Euro 5 — sont bannis. Ce n’est pas une tricherie : c’est la loi.
Résultat : une part croissante du parc automobile belge pivote vers l’oldtimer. Pas pour la passion : pour la mobilité.
Quel impact pour le secteur du voyage ?
1. Image des destinations
Les villes veulent projeter un futur durable. Mais l’expérience de terrain raconte autre chose :
• véhicules modernes refoulés
• mécaniques des années 80 et 90 librement autorisées
Pour le visiteur international, le message est déroutant :“Pourquoi ma voiture de location récente est interdite, et pas une Mercedes de 1987 ?”
La cohérence du discours touristique s’effrite.
2. Logistique et mobilités professionnelles
Les DMC, guides, hôtels, loueurs et opérateurs investissent lourdement :
• navettes électriques
• bus Euro 6
• flottes récentes conformes
Pendant ce temps, l’oldtimer devient un passe-droit bon marché vers les centres urbains. Les acteurs qui respectent l’esprit de la transition sont désavantagés face à ceux qui exploitent ses failles.
3. Expérience voyageur
Les city-trips et déplacements événementiels reposent sur la fluidité.
• incompréhension des règles
• zones restreintes aux véhicules modernes
• exceptions qui favorisent les véhicules anciens
La promesse “ville accessible et durable” se transforme en parcours d’obstacles administratif.
Mais il y a un autre visage des oldtimers : la valeur culturelle
Les oldtimers ne sont pas qu’un caprice ou un jouet mécanique. Ils constituent un patrimoine roulant, culturel et touristique.
Ils animent les centres-villes, attirent les curieux, créent des expériences, et font vivre un écosystème complet : clubs, artisans, ateliers, circuits, hôtellerie, restauration.
C’est aussi grâce à eux que perdurent des événements qui font rayonner les destinations :
• Mille Miglia en Italie
• Rallye de Monte-Carlo Historique
• Tour Auto
• 1000 km du Nürburgring
• Zoute Grand Prix en Belgique, vitrine internationale où se mêlent tourisme haut de gamme, lifestyle, commerce local et passion automobile
Ces manifestations génèrent nuitées, restauration, culture, retombées locales et visibilité médiatique.
Les étouffer sous des règles pensées pour le trafic quotidien serait une stratégie à courte vue.
Vers une “Cuba automobile” belge ?
À La Havane, les anciennes voitures circulent par nécessité économique.
Chez nous, elles prospèrent par opportunité réglementaire.
On prend le risque d’un paysage urbain incohérent :
• les véhicules modernes exclus
• les véhicules anciens concentrés
• des centres-villes transformés en musées roulants involontaires
Cette esthétique rétro forcée n’est pas une narration touristique maîtrisée. Elle découle d’un système mal calibré.
Conclusion pour le secteur du voyage
Les citoyens ne sabotent pas la transition. Ils réagissent à un cadre incohérent.
Pour préserver l’attractivité touristique et la crédibilité environnementale des destinations belges, il faut :
• aligner la réglementation sur les objectifs
• distinguer la mobilité quotidienne du patrimoine automobile
• soutenir réellement les flottes propres
• préserver les événements historiques sans transformer l’exception en porte dérobée
Parce que la pire trajectoire est déjà visible :
Une transition écologique qui incite à rouler… avec des voitures d’avant la transition.
Entre la ville durable et le musée à ciel ouvert, le tourisme belge doit éviter de devenir l’illustration européenne de la “Cuba automobile”.
ETIENNE
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