Polarsteps : Quand le carnet de voyage devient un risque pour le voyageur

904.000 Belges concernés : les professionnels du tourisme doivent-ils désormais mettre leurs clients en garde ?
Il fut un temps où le voyageur partait avec son guide, sa carte et quelques cartes postales. Aujourd’hui, il peut raconter presque en direct où il se trouve, où il dort, ce qu’il visite… et parfois même par quelle route il va passer.
Polarsteps a parfaitement accompagné cette évolution.
L’application permet de transformer un voyage en véritable carnet numérique : itinéraire, photos, vidéos, commentaires et géolocalisation.
Mais une enquête du média néerlandais Follow the Money, relayée en Belgique par Het Laatste Nieuws, vient sérieusement écorner l’image rassurante de ce compagnon de voyage.
Selon cette enquête, les données de quelque 23 millions d'utilisateurs auraient été insuffisamment protégées.
Et la Belgique est loin d’être marginale : environ 904.000 utilisateurs belges seraient concernés.
Des itinéraires, photos, vidéos et données de localisation auraient pu être récupérés via l'interface technique de la plateforme. Plus inquiétant encore, certaines informations auraient pu rester accessibles alors que les utilisateurs pensaient leur profil privé.
Quand le problème dépasse largement les vacances
L'affaire prend une autre dimension avec la découverte de militaires belges, néerlandais et français parmi les utilisateurs.
Aux Pays-Bas, la Défense a réagi en plaçant Polarsteps sur liste noire.
En Belgique, la Défense rappelle que l'utilisation d'applications de géolocalisation est déjà interdite dans et autour des installations militaires.
Mais faut-il être militaire pour s'inquiéter ?
Certainement pas.
Un voyageur qui publie son parcours en temps réel peut potentiellement révéler où il se trouve… mais également où il ne se trouve pas.
Une famille qui annonce trois semaines en Thaïlande indique indirectement que son domicile est probablement inoccupé.
Un itinéraire très précis peut également révéler hôtels, déplacements, habitudes et prochaines étapes.
Et pour les professionnels belges du voyage ?
C'est probablement là que cette affaire mérite toute notre attention.
Depuis quelques années, agences, tour-opérateurs, guides et accompagnateurs encouragent volontiers leurs clients à partager leurs expériences. C'est sympathique, moderne et excellent pour faire rêver les prochains voyageurs.
Mais la prudence devrait désormais faire partie du conseil.
Il ne s'agit évidemment pas de bannir Polarsteps ou les réseaux sociaux.
Il s'agit plutôt de rappeler quelques règles simples : éviter autant que possible la géolocalisation publique en temps réel, limiter les informations permettant d'identifier précisément un hôtel ou une chambre, vérifier réellement les paramètres de confidentialité et, pourquoi pas, publier son parcours avec un certain décalage.
Le plus beau carnet de voyage reste tout aussi intéressant quelques heures ou quelques jours plus tard.
Une responsabilité nouvelle pour l'agent de voyages ?
Cette affaire pose aussi une question intéressante pour votre profession.
Pendant longtemps, le devoir de conseil concernait principalement les passeports, visas, assurances, vaccins, sécurité de la destination ou conditions d'entrée.
Faudra-t-il demain ajouter la sécurité numérique du voyageur à cette liste ?
Probablement.
Car entre Wi-Fi public, smartphones, copies numériques des passeports, cartes bancaires, applications de compagnies aériennes, réservations d'hôtels et géolocalisation permanente, le voyageur transporte aujourd'hui beaucoup plus que sa valise.
Il transporte également son identité numérique.
Pour les agences belges, un petit rappel avant le départ pourrait donc devenir aussi naturel que celui concernant les documents de voyage : « Attention à ce que vous publiez et surtout au moment où vous le publiez. »
Polarsteps corrigera sans doute. Mais la leçon restera.
Le problème dépasse d'ailleurs largement une seule application.
Même lorsqu'une plateforme corrige une faille, une règle fondamentale demeure : une donnée publiée sur Internet n'est jamais totalement anodine.
Nous avons passé des années à nous méfier de Big Brother.
Finalement, nous avons trouvé beaucoup plus efficace : nous lui indiquons nous-mêmes où nous sommes.
Autrefois, les tagueurs écrivaient leur nom sur les murs pour montrer qu'ils étaient passés par là.
Aujourd'hui, les voyageurs font exactement la même chose avec leur smartphone.
Avec une petite différence : le mur, lui, ne donnait pas leurs coordonnées GPS.
ETIENNE



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