Les aéroports régionaux décollent : les grands hubs vont-ils perdre des passagers ?
Traverser l’Atlantique sans devoir rejoindre Paris, Londres ou Francfort : pour les habitants de nombreuses régions européennes, cette possibilité est devenue réalité.
Air Canada, Air Transat, American Airlines et Delta multiplient les liaisons directes vers des villes situées en dehors des principales plateformes aériennes européennes.
Une évolution favorable aux voyageurs, mais qui pose une question : les grands aéroports risquent-ils d’y perdre une partie de leur trafic ?
Pendant longtemps, le voyageur souhaitant prendre un vol long-courrier devait souvent se rendre dans une grande capitale ou effectuer une correspondance dans un hub.
Le principe était simple : rassembler les passagers venus de différentes régions pour remplir de gros avions à destination de l’Amérique, de l’Asie ou de l’Afrique.
Ce modèle reste au cœur du transport aérien. Mais il partage désormais le ciel avec une offre de plus en plus diversifiée : des vols long-courriers relient directement des villes régionales européennes à l’Amérique du Nord.
Pour les voyageurs concernés, le gain peut être considérable : moins de déplacements avant le départ, moins de correspondances et une arrivée au plus près de la destination souhaitée.
Air Canada élargit sa carte européenne
Air Canada illustre cette évolution. Durant l’été 2026, la compagnie a proposé une liaison saisonnière directe entre Montréal et Nantes, à raison de trois vols par semaine.
Pour les voyageurs de l’ouest de la France, cette liaison offre une possibilité de traverser l’Atlantique sans passer par Paris.
Pour l’été 2027, la compagnie a également annoncé une nouvelle liaison entre Montréal et Bâle-Mulhouse, au carrefour de la Suisse, de la France et de l’Allemagne.
Air Canada prévoit aussi de relier Toronto à Nice et à Shannon, en Irlande, ainsi que Montréal à Dubrovnik, en Croatie.
Ces nouvelles lignes ne répondent pas toutes à la même logique. Certaines visent une clientèle touristique, d’autres combinent voyages d’affaires, visites familiales et loisirs.
Plusieurs sont saisonnières : leur avenir dépendra de leur capacité à attirer suffisamment de voyageurs.
Air Transat, une habituée des régions françaises
Air Canada n’est pas la seule compagnie canadienne à regarder au-delà de Paris.
Air Transat dessert depuis longtemps plusieurs villes françaises au départ de Montréal, notamment Nantes, Bordeaux, Lyon, Marseille, Nice et Toulouse.
La compagnie propose aussi des vols directs entre Montréal et Bâle-Mulhouse, ainsi qu’entre Montréal et Bruxelles.
Les fréquences et les périodes d’exploitation varient selon les destinations.
L’exemple de Nantes mérite l’attention : Air Transat indique que sa liaison avec Montréal est désormais proposée toute l’année. La preuve qu’un vol long-courrier au départ d’une ville régionale peut, lorsque la demande le permet, dépasser le seul cadre de la haute saison touristique.
Le mouvement n’est donc pas entièrement nouveau. Ce qui retient aujourd’hui l’attention, c’est son élargissement à davantage de villes et l’intérêt manifesté par plusieurs grandes compagnies pour ces marchés.
Les compagnies américaines suivent le mouvement
De l’autre côté de l’Atlantique, American Airlines développe elle aussi des vols directs vers des villes européennes situées en dehors des grands hubs habituels.
Durant la saison 2026, la compagnie a relié New York-JFK à Édimbourg, en Écosse, avec un Airbus A321XLR. Elle proposait également une liaison entre Philadelphie et Édimbourg.
Pour les voyageurs qui se rendent en Écosse, ces vols offrent une alternative à une correspondance à Londres ou dans une autre grande plateforme.
American Airlines a aussi relié Chicago à Naples et prévoit pour l’été 2027 une liaison directe entre Philadelphie et Porto, au Portugal.
De son côté, Delta Air Lines a lancé en 2026 des vols directs entre New York et Olbia, en Sardaigne, ainsi qu’entre New York et Porto.
Pour les destinations concernées, ces liaisons facilitent l’accès au marché américain et permettent aux visiteurs de rejoindre directement leur lieu de séjour.
Des avions plus petits pour aller plus loin
L’évolution des appareils contribue à rendre ces liaisons possibles.
Des avions de nouvelle génération, comme l’Airbus A321XLR, peuvent effectuer de longues traversées avec moins de sièges qu’un gros-porteur traditionnel.
Pour une compagnie, cela peut rendre envisageable une ligne sur laquelle la demande ne suffirait pas nécessairement à remplir régulièrement un avion plus grand.
Air Canada prévoit notamment d’utiliser cet appareil sur sa future liaison Montréal–Bâle-Mulhouse.
Mais un nouvel avion ne suffit pas à assurer la réussite d’une ligne. Encore faut-il trouver assez de passagers, proposer des horaires attractifs, maîtriser les coûts et, si possible, maintenir la demande au-delà des mois d’été.
Les grands hubs vont-ils en souffrir ?
Sur certaines liaisons, ils pourraient effectivement perdre des passagers.
Un habitant de la région nantaise qui s’envole directement vers Montréal n’a plus besoin, pour ce voyage, de passer par Paris ou par un autre grand aéroport européen.
Si cette offre continue à se développer, une partie des voyageurs qui alimentaient autrefois les grandes plateformes pourrait choisir un départ plus proche de chez elle.
Les vols européens qui acheminent les passagers vers les hubs pourraient, eux aussi, ressentir cette concurrence.
Il serait pourtant trop tôt pour annoncer le déclin des grands aéroports.
Ceux-ci conservent des avantages majeurs : un réseau étendu, des fréquences souvent plus nombreuses et des correspondances vers une multitude de destinations. Ils disposent également d’une importante clientèle locale et d’affaires.
Autre élément essentiel : un vol direct au départ d’une région européenne ne fait pas forcément disparaître les correspondances.
Un passager peut, par exemple, partir de Nantes vers Montréal, puis y prendre un autre vol pour poursuivre son voyage au Canada ou ailleurs en Amérique du Nord.
Le hub européen est alors contourné, mais le hub canadien conserve son rôle.
À l’inverse, une nouvelle liaison directe peut aussi encourager des personnes à voyager alors qu’elles ne l’auraient pas fait auparavant. Chaque passager gagné par un aéroport régional n’est donc pas nécessairement un passager perdu par un grand hub.
Et Brussels Airport dans tout cela ?
Pour Brussels Airport, cette évolution représente à la fois un défi et une opportunité.
Le défi est celui de la concurrence.
Un voyageur belge peut être tenté de rejoindre un aéroport voisin s’il y trouve un vol direct mieux adapté à ses besoins.
Le prix, les horaires, la facilité d’accès et le temps total de voyage pèseront dans son choix.
Mais Bruxelles peut également profiter du développement de liaisons avec des villes situées en dehors des principaux hubs étrangers.
Durant l’été 2026, Air Canada a ainsi proposé une liaison saisonnière directe entre Halifax et Bruxelles.
La compagnie présente Brussels Airport comme une porte d’entrée vers l’Europe et l’Afrique, grâce notamment aux correspondances offertes avec son partenaire Brussels Airlines. Dans ce cas, Bruxelles bénéficie de la connexion avec une ville canadienne située en dehors des grands hubs de Montréal et de Toronto.
Pour l’aéroport belge, l’enjeu sera de rester attractif pour sa clientèle locale tout en renforçant son rôle de plateforme de correspondance, notamment vers l’Afrique.
Une nouvelle géographie du transport aérien
Les grands hubs ne vont pas disparaître demain.
Mais ils ne peuvent plus considérer comme acquis le passage des voyageurs de toutes les régions par leurs terminaux.
Les aéroports régionaux, eux, disposent d’une occasion de mieux connecter leur territoire au monde. Leur défi sera de conserver ces liaisons et, lorsque le marché le permet, de les faire vivre au-delà de la haute saison.
Pour les agences de voyages, cette évolution ouvre également de nouvelles possibilités : comparer non seulement le prix du billet, mais aussi le trajet jusqu’à l’aéroport, les horaires, les correspondances et la durée totale du voyage.
Le ciel s’ouvre donc à davantage de villes. Les grands aéroports conserveront leur place, mais ils devront de plus en plus la partager. Et pour les voyageurs, avoir le choix de partir plus près de chez soi est une perspective plutôt bienvenue !
ETIENNE



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