TAP Air Portugal : Lufthansa ou Air France-KLM ? Une bataille stratégique qui pourrait rebattre les cartes du marché belge
La course est désormais lancée.
Air France-KLM et Lufthansa ont officiellement remis leurs offres contraignantes pour reprendre 44,9 % du capital de TAP Air Portugal.
Le gouvernement portugais, qui conservera le contrôle de la compagnie, devrait rendre sa décision dans les prochains mois. Mais au-delà de cette privatisation, c'est une véritable bataille d'influence qui se joue entre les deux plus grands groupes aériens européens.
Pour les professionnels belges du voyage, cette opération mérite toute leur attention. Son issue pourrait influencer durablement les liaisons vers l'Amérique du Sud, l'Afrique lusophone... et même les stratégies commerciales au départ de Bruxelles.
Pourquoi TAP est-elle autant convoitée ?
TAP Air Portugal n'est pas une compagnie comme les autres.
Grâce à son hub de Lisbonne, elle possède l'un des réseaux les plus performants entre l'Europe et le Brésil, où elle dessert une quinzaine de destinations, auxquelles s'ajoutent plusieurs liaisons vers l'Angola, le Mozambique, le Cap-Vert, São Tomé-et-Príncipe ainsi que vers les États-Unis et le Canada.
Pour beaucoup de voyageurs européens, Lisbonne constitue aujourd'hui la porte d'entrée naturelle vers l'Amérique du Sud.
C'est précisément cette position géographique exceptionnelle qui explique l'intérêt de Lufthansa comme d'Air France-KLM.
Lufthansa : la logique des alliances
Si Lufthansa l'emporte, la logique paraît évidente.
TAP appartient déjà à Star Alliance, aux côtés de Lufthansa, Brussels Airlines, Swiss, Austrian Airlines ou encore United Airlines. Une reprise permettrait donc une intégration relativement fluide.
Pour Brussels Airlines, les synergies seraient nombreuses :
davantage de correspondances coordonnées via Bruxelles et Lisbonne ;
une politique commerciale harmonisée ;
des programmes de fidélité renforcés ;
une offre consolidée vers le Brésil et l'Afrique lusophone.
Lufthansa met également en avant son expérience dans l'intégration de compagnies telles que Swiss, Austrian, Brussels Airlines ou plus récemment ITA Airways.
Air France-KLM : un géant qui viserait le Sud
De son côté, Air France-KLM présente une vision différente.
Le groupe de Ben Smith ( DG) souhaite faire de Lisbonne son grand hub du sud de l'Europe, complémentaire de Paris-CDG et Amsterdam-Schiphol.
L'objectif serait de renforcer encore sa présence sur les marchés brésilien, africain et transatlantique.
Air France-KLM dispose déjà d'une forte implantation en Amérique latine grâce à Air France, KLM et surtout son partenariat historique avec GOL (low cost) au Brésil.
L'intégration de TAP créerait probablement le premier ensemble aérien européen sur le marché Brésil-Europe.
Et la Belgique dans tout cela ?
Pour les agences belges, plusieurs scénarios sont envisageables.
Si Lufthansa gagne
Brussels Airlines pourrait devenir le partenaire naturel de TAP au Benelux.
Les passagers belges bénéficieraient probablement :
d'horaires encore mieux coordonnés ;
d'une multiplication des billets combinés ;
d'un renforcement des connexions via Bruxelles et Lisbonne ;
d'une offre plus cohérente au sein de Star Alliance.
Pour les agences, la commercialisation resterait relativement simple puisque Brussels Airlines et TAP évoluent déjà dans le même environnement.
Si Air France-KLM l'emporte
Le paysage serait plus complexe.
TAP devrait progressivement se rapprocher de SkyTeam.
Même si un changement d'alliance ne serait pas immédiat, cela pourrait modifier progressivement les flux européens.
Pour certains voyageurs belges, Paris et Amsterdam deviendraient davantage les portes d'entrée privilégiées vers le Brésil.
Brussels Airlines perdrait alors une partie de son avantage stratégique sur ce marché.
Le véritable enjeu : le Brésil
Le marché brésilien est probablement le principal enjeu de cette opération.
Le Brésil représente la première économie d'Amérique du Sud, attire une clientèle affaires importante, une forte diaspora européenne et un trafic touristique en croissance.
Depuis Bruxelles, de nombreux voyageurs utilisent déjà TAP via Lisbonne pour rejoindre São Paulo, Rio de Janeiro, Recife, Salvador, Fortaleza, Belém, Manaus ou Porto Alegre.
Le futur propriétaire décidera de la manière dont ces flux seront organisés.
C'est donc bien davantage qu'un simple changement d'actionnaire.
Qui part favori ?
À ce stade, difficile de désigner un vainqueur.
Le gouvernement portugais répète que le prix ne sera pas le seul critère.
Les engagements sur l'emploi, le maintien du hub de Lisbonne, le développement des régions portugaises et la stratégie industrielle pèseront autant que l'aspect financier.
Sur le papier :
Lufthansa dispose de l'avantage de la continuité grâce à Star Alliance et à son expérience reconnue des intégrations.
Air France-KLM possède sans doute la plus forte complémentarité commerciale avec les marchés d'Amérique du Sud et pourrait créer un champion européen particulièrement puissant sur cet axe.
L'analyse des Tagueurs du Voyage
Quelle que soit l'issue, cette opération dépassera largement le cadre portugais.
Elle redessinera probablement la carte aérienne européenne des dix prochaines années.
Pour les agences belges, l'enjeu est considérable : disponibilité des sièges, politique tarifaire, accords de distribution, programmes de fidélité et qualité des correspondances vers le Brésil, l'Afrique lusophone et l'Amérique du Sud pourraient évoluer sensiblement.
Une chose est certaine : le véritable gagnant ne sera pas seulement celui qui rachètera TAP... mais celui qui contrôlera demain la principale porte d'entrée européenne vers le monde lusophone.
Et c'est précisément ce qui rend cette bataille si passionnante pour les professionnels du voyage.
ETIENNE



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