top of page

Michael O’Leary veut dicter ce que les passagers doivent boire à l’aube : et la liberté dans tout ça ?

  • il y a 5 jours
  • 3 min de lecture

Le patron de Ryanair, Michael O’Leary, a encore trouvé un nouveau combat : les cafés et bars des aéroports ouverts tôt le matin. Selon lui, servir de l’alcool dès 5 ou 6 heures serait directement responsable de la hausse des comportements perturbateurs à bord des avions. Une sortie médiatique spectaculaire… mais aussi profondément caricaturale.

Car à écouter Michael O’Leary, les terminaux d’aéroport européens seraient devenus des sortes de pubs géants où les voyageurs s’enivrent avant même le lever du soleil. Une vision simpliste qui oublie une réalité élémentaire : l’immense majorité des passagers qui fréquentent ces établissements à l’aube ne commande ni bière ni whisky, mais simplement un café, un croissant, un jus d’orange ou un petit-déjeuner avant un vol souvent prévu à des horaires impossibles.


Tous les passagers ne boivent pas de l’alcool à 5 heures du matin


La rhétorique du patron de Ryanair repose sur une généralisation abusive. Oui, certains passagers abusent de l’alcool avant d’embarquer. Oui, les incidents existent et doivent être sanctionnés fermement. Mais faut-il pour autant considérer chaque voyageur matinal comme un potentiel fauteur de troubles ?

Les cafés d’aéroport ne vivent pas uniquement grâce à l’alcool. Bien au contraire. Les petits-déjeuners, boissons chaudes, snacks et repas rapides représentent une part essentielle de leur chiffre d’affaires. Derrière ces enseignes, il y a des commerçants, des employés, des fournisseurs et surtout des loyers commerciaux extrêmement élevés imposés par les gestionnaires d’aéroports.

Mais cela, Michael O’Leary semble l’ignorer volontairement.


Une logique du “faites ce que je dis ou je ferme des lignes”


Le dirigeant irlandais adopte une posture désormais bien connue : imposer sa vision à l’ensemble de l’écosystème aérien sous la menace économique permanente. Depuis des années, Ryanair utilise le même levier avec les aéroports, les régions ou les autorités publiques : acceptez nos conditions… ou nous réduisons nos vols.

Cette fois, ce sont les bars d’aéroport qui se retrouvent dans le viseur. O’Leary accuse les exploitants de “profiter” des retards pour vendre davantage d’alcool, tout en rejetant ensuite le problème sur les compagnies aériennes. Mais le patron de Ryanair oublie commodément un détail : ses propres avions vendent eux aussi de l’alcool à bord.

Dès lors, pourquoi exiger des limitations drastiques au sol sans évoquer les ventes en cabine ? Pourquoi réclamer des plafonds de consommation dans les terminaux tout en continuant à proposer bière, vin et spiritueux pendant le vol ?


Et la liberté du passager dans tout cela ?


La question de fond reste entière : jusqu’où faut-il aller dans le contrôle du comportement des voyageurs ?

Aujourd’hui, certains responsables du secteur semblent vouloir transformer l’expérience aéroportuaire en parcours ultra-surveillé : bases de données de passagers perturbateurs, restrictions de consommation, contrôle accru des achats via la carte d’embarquement… Une logique sécuritaire qui progresse rapidement.

Mais à force de vouloir punir une minorité de comportements irresponsables, ne risque-t-on pas de traiter tous les passagers comme des suspects potentiels ?

Un adulte capable de prendre un avion ne devrait-il pas conserver la liberté de commander une bière ou un verre de vin avant un vol, à condition de rester maître de son comportement ? La responsabilité individuelle existe aussi.


Le vrai problème : sanctionner les fauteurs de troubles, pas infantiliser tout le monde


Personne ne conteste que les passagers violents ou ivres doivent être sanctionnés sévèrement. Les déroutements coûtent cher et mettent sous pression les équipages comme les autres voyageurs. Mais la solution ne peut pas être une interdiction généralisée ou une croisade morale contre les cafés d’aéroport.

La majorité des voyageurs prennent simplement un café avant un embarquement à l’aube. Les tenanciers d’aéroport tentent surtout de survivre dans un environnement où les charges explosent et où les loyers commerciaux atteignent parfois des niveaux exorbitants.

En réalité, la sortie de Michael O’Leary ressemble davantage à une opération de communication qu’à une réponse équilibrée au problème des passagers perturbateurs. Une nouvelle fois, le patron de Ryanair désigne un responsable extérieur, tout en évitant soigneusement de s’interroger sur les propres pratiques commerciales de sa compagnie.


Et surtout, il semble oublier une chose essentielle : voyager en avion ne signifie pas abandonner toutes ses libertés au terminal d’embarquement.


ETIENNE



Commentaires


bottom of page