KNOKKE : LA « GUERRE DES BEACH BARS » EST DÉCLARÉE
- il y a 5 heures
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La Côte belge est aussi une destination touristique… et la concurrence pour quelques mètres carrés de sable devient féroce
On parle beaucoup de concurrence entre compagnies aériennes, hôtels, tour-opérateurs ou destinations.
Mais le tourisme commence parfois beaucoup plus près de chez nous.
La Côte belge est une destination à part entière, accueillant chaque année Belges et étrangers, avec ses hôtels, restaurants, événements, résidences de vacances… et ses désormais incontournables beach bars.
À Knokke-Heist, ces quelques mètres carrés de sable sont devenus suffisamment stratégiques pour déclencher ce que certains qualifient déjà de « guerre des beach bars ».
24 beach bars, 36 candidats
La commune a remis en concurrence 24 concessions de bars de plage ainsi qu'un parc pour enfants. Pas moins de 36 candidats se sont manifestés.
Jusqu'ici, certaines concessions étaient exploitées depuis de nombreuses années, parfois par les mêmes familles.
Mais les règles européennes changent la donne.
Lorsque l'espace public disponible constitue une ressource rare, la directive européenne Services, souvent appelée directive Bolkestein, impose des procédures transparentes, impartiales et ouvertes à la concurrence plutôt qu'un renouvellement automatique des concessions.
Résultat : même les exploitants historiques doivent désormais défendre leur place.
Et à Knokke, six exploitants actuels vont perdre leur emplacement. Les nouvelles concessions doivent courir pendant neuf ans à partir du 1er janvier 2027.
Marc Coucke : l'argent ne semble pas avoir tout décidé
La présence de Marc Coucke parmi les nouveaux concessionnaires avec son projet Woyo Beach au Zoute n'est évidemment pas passée inaperçue.
Certains ont rapidement résumé l'affaire à la puissance financière de l'homme d'affaires.
Mais les chiffres nuancent sérieusement cette interprétation.
Son offre financière aurait été de 18,42 euros/m², alors que la meilleure proposition atteignait 34,98 euros/m².
Le prix n'était cependant qu'un des critères : le concept, l'aménagement, l'expérience proposée et le plan d'exploitation entraient également en ligne de compte.
Le projet Woyo Beach a finalement obtenu 64,13 points sur 100 et aurait, selon les éléments disponibles, encore figuré parmi les gagnants sans les points obtenus pour son offre financière.
Dire que Marc Coucke aurait simplement « acheté » sa place sur la plage paraît donc pour le moins réducteur.
Mais la bataille n'est pas terminée
Trois exploitants évincés ont annoncé vouloir saisir le Conseil d'État.
Leur contestation porte notamment sur la transparence de la procédure et sur la composition précise du jury chargé d'évaluer les candidatures.
La bataille des transats pourrait donc désormais se poursuivre… devant les juristes.
Après Knokke, l'Italie ?
L'affaire belge dépasse largement notre littoral.
L'Italie connaît depuis des années une bataille comparable autour de ses célèbres stabilimenti balneari, ces établissements privés qui occupent une partie considérable des plages italiennes.
Là aussi, certaines concessions sont exploitées par les mêmes familles depuis plusieurs générations.
Et là aussi, l'Europe considère qu'une ressource publique limitée ne peut pas être attribuée éternellement aux mêmes opérateurs sans véritable mise en concurrence.
Après des années de bras de fer avec Bruxelles, l'Italie doit progressivement organiser de nouvelles procédures d'attribution.
Ce qui se passe à Knokke pourrait donc constituer un avant-goût miniature de ce qui attend certaines plages italiennes : exploitants historiques face à de nouveaux entrepreneurs, concepts plus modernes, investissements plus importants et bataille juridique autour des critères d'attribution.
Le tourisme commence aussi à 100 kilomètres de Bruxelles
Pour les professionnels belges du voyage, l'histoire mérite l'attention.
Nous avons parfois tendance à considérer comme « tourisme » ce qui commence à Brussels Airport, à Charleroi ou après avoir franchi une frontière.
Pourtant, Knokke, Ostende, Blankenberge, La Panne ou Le Coq sont aussi des destinations touristiques.
Et les beach bars ne sont plus simplement quelques chaises plantées dans le sable.
Ils participent à l'image d'une station, à son attractivité, à son offre horeca et à l'expérience proposée aux visiteurs.
Lorsqu'il y a 36 candidats pour 24 concessions, le message économique est d'ailleurs assez clair : le sable belge vaut de l'or.
Et demain ?
Cette « guerre des beach bars » pose finalement une question beaucoup plus large.
La mise en concurrence permettra-t-elle de renouveler l'offre, d'améliorer la qualité et de faire émerger de nouveaux concepts ?
Ou risque-t-elle progressivement de favoriser les candidats disposant des moyens financiers et professionnels nécessaires pour présenter les dossiers les plus sophistiqués, au détriment de petits exploitants historiques ?
La concurrence arrive jusque sur nos plages.
Et après les compagnies aériennes, les hôtels et les tour-opérateurs, voilà que même pour vendre un cocktail les pieds dans le sable… il faut désormais gagner son appel d'offres.
ETIENNE



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