BOOM SUPERSONIC : LE « NOUVEAU CONCORDE » ARRIVERA-T-IL VRAIMENT AVANT 2030 ?
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Plus de vingt ans après le dernier vol commercial du Concorde, le rêve du transport supersonique civil revient sérieusement sur la table.
Son nom : Overture. Son constructeur : Boom Supersonic, une entreprise américaine fondée en 2014 qui ambitionne ni plus ni moins de remettre le voyage supersonique au cœur de l’aviation commerciale.
Mais derrière les images futuristes et les annonces spectaculaires, où en est réellement le projet ? Combien d’avions sont déjà commandés ? À quel prix pourra-t-on voyager ? Et surtout : à partir de quand ?
Un Concorde du XXIe siècle… mais différent
Overture est souvent présenté comme le successeur naturel du Concorde. La comparaison est tentante, mais les deux avions seront sensiblement différents.
L’appareil de Boom devrait transporter environ 65 à 80 passagers, dans une configuration essentiellement premium.
Sa vitesse prévue est de Mach 1,7, contre environ Mach 2 pour le Concorde. Son autonomie annoncée tourne autour de 4.250 miles nautiques, soit quelque 7.870 km.
L'objectif reste spectaculaire : pratiquement diviser par deux certains temps de voyage.
New York–Londres pourrait ainsi être effectué en environ 3h30, San Francisco–Tokyo en quelque 6 heures et Newark–Francfort autour de 4 heures.
Pour les voyageurs d'affaires, le gain de temps pourrait évidemment devenir un argument commercial majeur.
Déjà 130 avions dans le carnet… mais attention au mot « commandes »
Boom annonce actuellement un carnet de 130 commandes et précommandes, provenant de trois grands noms de l'aviation mondiale : United Airlines, American Airlines et Japan Airlines.
Dans le détail, United s'est engagée sur 15 appareils, avec une option pour 35 supplémentaires. American Airlines a annoncé 20 appareils, avec une option pour 40 autres, et a versé un acompte non remboursable sur les 20 premiers. Japan Airlines dispose pour sa part d'une option pouvant aller jusqu'à 20 appareils et avait investi 10 millions de dollars dans Boom.
Il faut donc nuancer : 130 appareils ne signifient pas 130 livraisons fermes et garanties. Une partie correspond à des options ou précommandes, et les livraisons restent conditionnées notamment à la certification et aux performances réelles de l'avion.
Combien pourront-ils en construire ?
La « Superfactory » de Boom à Greensboro, en Caroline du Nord, est déjà construite.
Une première ligne est prévue pour produire jusqu'à 33 Overture par an. Une seconde ligne permettrait ensuite de doubler cette capacité pour atteindre 66 avions par an.
Boom affirme que les 130 commandes et précommandes annoncées correspondent approximativement aux cinq premières années de production.
Nous sommes donc très loin d'un Airbus A320 ou d'un Boeing 737 produit à plusieurs centaines d'exemplaires par an. Overture restera, au moins au départ, un produit relativement exclusif.
Et le prix du billet ?
C'est probablement la question qui intéressera le plus les agents de voyages.
Boom ne sera pas une compagnie aérienne et ne fixera donc pas elle-même le prix des billets.
Ce seront United, American ou les autres futurs opérateurs qui détermineront leurs tarifs.
Mais Boom affiche clairement son ambition : proposer des tarifs comparables à ceux d'une Business Class actuelle.
Son CEO Blake Scholl a évoqué, à titre indicatif, un seuil économique d'environ 3.500 dollars pour un aller-retour Londres–New York, permettant d'imaginer un prix commercial autour de 5.000 dollars.
On pourrait donc être très loin des tarifs presque prohibitifs du Concorde.
Le pari est précisément là : ne plus vendre le supersonique uniquement comme un produit de prestige, mais comme une alternative à la Business Class long-courrier.
Et cela pourrait changer la donne.
2029 ? Probablement faut-il rester prudent
C'est ici que le dossier devient plus délicat.
Les premières annonces de Boom prévoyaient une certification et une entrée en service autour de 2029. Mais ce calendrier a déjà évolué au fil du développement.
En 2026, le moteur Symphony, spécialement développé pour Overture, constitue encore l'un des éléments essentiels à valider.
Boom indiquait fin 2025 que 95 % des pièces du prototype du cœur du moteur étaient en fabrication et que les essais étaient programmés en 2026.
Autrement dit : Overture n'est pas encore certifié, ni même entré en production commerciale série.
L'expérience du secteur aéronautique nous apprend qu'entre un prototype, sa motorisation, les essais en vol, la certification FAA et enfin les premières opérations commerciales, les retards peuvent rapidement se compter en années.
2029 reste donc l'objectif historique ; 2030 ou le début des années 2030 apparaît aujourd'hui comme une hypothèse qu'il serait prudent de garder à l'esprit.
Bruxelles pourrait-elle un jour accueillir Overture ?
Voilà une question particulièrement intéressante pour le marché belge.
Avec une autonomie annoncée de près de 7.900 km, Overture serait parfaitement capable d'assurer plusieurs liaisons transatlantiques au départ de l'Europe.
Un Bruxelles–New York supersonique serait donc techniquement envisageable.
Mais encore faudrait-il qu'une compagnie exploitant Overture considère le marché belge suffisamment premium pour justifier une telle liaison.
Pour Brussels Airport, accueillir un jour un avion supersonique commercial aurait évidemment une valeur d'image extraordinaire. Mais à ce stade, aucune liaison Overture au départ de Bruxelles n'est annoncée.
Le vrai défi : réussir là où Concorde a échoué
Boom a déjà franchi une étape symbolique importante avec son démonstrateur XB-1, qui a dépassé le mur du son à plusieurs reprises début 2025.
Mais XB-1 n'est pas Overture.
Le véritable défi commence maintenant : construire un avion de ligne, développer et certifier son moteur Symphony, maîtriser le bruit, obtenir les certifications, démontrer la fiabilité et surtout convaincre les compagnies qu'un appareil de seulement 65 à 80 sièges volant à Mach 1,7 peut être économiquement rentable.
Car finalement, le plus difficile n'est peut-être pas de fabriquer un nouveau Concorde.
C'est de fabriquer un Concorde qui gagne de l'argent.
LES TAGUEURS DU VOYAGE – NOTRE QUESTION
Si Overture tient ses promesses et permet réellement de traverser l'Atlantique en trois heures et demie pour un tarif proche de celui d'une Business Class actuelle, le supersonique pourrait retrouver une véritable place dans le transport aérien.
Les 130 commandes et précommandes montrent que certaines grandes compagnies veulent au minimum garder un pied dans cette révolution potentielle.
Mais entre une belle maquette, un carnet de commandes et un avion certifié transportant quotidiennement des passagers, il reste encore quelques années… et quelques milliards de dollars.
Rendez-vous en 2029 ? Peut-être.
En 2030–2032 ? Sans doute plus prudent.
Mais si Boom réussit son pari, le prochain grand bouleversement du long-courrier pourrait bien être… le retour de la vitesse.
ETIENNE



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