Incendies : les touristes oublient vite, les destinations jamais
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À Mati, près d’Athènes, 104 personnes ont péri dans un gigantesque incendie en 2018. Huit ans plus tard, la station balnéaire s’est reconstruite. Mais ni les habitants, ni les familles des victimes n’ont oublié. Et la justice, elle, aura pris son temps.
Les incendies ont une nouvelle fois fait rage en Europe cet été. Grèce, Espagne, Portugal, France… Pendant quelques jours, les images de flammes font le tour des médias. Les touristes s’interrogent, les professionnels du voyage suivent la situation, certains séjours sont adaptés ou annulés.
Puis les flammes s’éteignent. Et l’actualité passe à autre chose.
Mais que devient une destination touristique après la catastrophe ?
Profitant d’un séjour en Grèce, nous sommes retournés à Mati, petite station balnéaire de l’Attique située à une trentaine de kilomètres d’Athènes.
Et Mati apporte une réponse : on peut reconstruire une destination, mais pas effacer sa mémoire.
23 juillet 2018 : l’enfer en quelques heures
Ce jour-là, poussées par des vents extrêmement violents, les flammes atteignent Mati à une vitesse effroyable.
Habitants et vacanciers tentent de fuir vers la mer. Certains y parviennent. D’autres restent prisonniers des habitations, des rues ou de la végétation.
Le bilan est dramatique : 104 morts, faisant de l’incendie de Mati l’une des catastrophes les plus meurtrières de l’histoire récente de la Grèce.
Aujourd’hui pourtant, celui qui arrive à Mati sans connaître son passé pourrait presque ne rien remarquer.
Les maisons ont été reconstruites, la végétation reprend progressivement ses droits, les hôtels et restaurants accueillent à nouveau les visiteurs et la vie touristique a repris.
Mati s’est reconstruite. Mais Mati n’a pas oublié.
Chaque 23 juillet, habitants, survivants et familles se retrouvent pour commémorer les victimes.
En 2026 encore, 104 lanternes ont été déposées sur la mer, une pour chacune des personnes disparues.
Un symbole qui rappelle que derrière les statistiques d’une catastrophe touristique, il y a d’abord des vies humaines.
Et la justice ? Huit années d’attente
La reconstruction matérielle aura finalement été plus rapide que la justice.
Le premier jugement de 2024 avait suscité une forte colère parmi les familles : seuls six des 21 accusés avaient été reconnus coupables et certaines peines pouvaient être converties en sanctions financières.
En juin 2025, la cour d’appel a ensuite reconnu dix personnes coupables, dont plusieurs anciens responsables des services d’incendie.
Quatre condamnations entraînaient une incarcération effective.
Il aura finalement fallu attendre le 29 mai 2026, presque huit ans après le drame, pour que la Cour suprême grecque rende définitives plusieurs condamnations.
La justice a donc fini par avancer.
Mais huit ans, pour les familles des 104 victimes, c’est long. Très long.
Une leçon pour les professionnels du voyage
Mati devrait également nous faire réfléchir.
Lorsqu’une destination brûle, nos premières questions professionnelles sont logiques :
Les hôtels sont-ils touchés ?Les routes sont-elles ouvertes ?Les vols sont-ils maintenus ?Les clients peuvent-ils partir ?Faut-il proposer une autre destination ?
Mais quelques semaines plus tard, lorsque les images disparaissent de nos écrans, nous oublions souvent très vite.
La destination, elle, n’oublie pas.
Mati démontre qu’une région touristique peut reconstruire ses maisons, ses hôtels et ses infrastructures, retrouver ses visiteurs et reprendre une vie presque normale, tout en conservant pendant des décennies les cicatrices humaines d’une catastrophe.
C’est peut-être également une dimension du tourisme responsable que nous oublions parfois.
Ne pas seulement demander :
« Peut-on à nouveau y envoyer nos clients ? »
Mais aussi :
« Que sont devenus ceux qui vivent là et qui vont à nouveau les accueillir ? »
Après les incendies qui ont encore frappé l’Europe cet été, notre passage à Mati nous aura rappelé une évidence :
les forêts repoussent, les maisons se reconstruisent et les touristes reviennent. Mais certaines destinations n’oublient jamais.
Et peut-être est-ce à nous, professionnels du voyage, de ne pas oublier trop vite non plus.
ETIENNE



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