EUROPEAN SLEEPER VERS LA SCANDINAVIE : LE SUCCÈS EST LÀ… MAIS LES TRAINS SUIVRONT-ILS ?
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European Sleeper voit toujours plus loin.
Après Berlin, Prague et Paris, et alors que Bruxelles–Milan doit démarrer le 9 septembre 2026, l’opérateur belgo-néerlandais annonce une nouvelle ambition : relier directement Bruxelles et Amsterdam à Copenhague et Malmö dès avril 2028, en partenariat avec l’opérateur allemand RDC.
Sur le papier, la proposition est séduisante : départ de Bruxelles en soirée, passage notamment par Anvers et les Pays-Bas, Copenhague le lendemain matin puis Malmö.
Trois rotations hebdomadaires sont envisagées. Le projet doit toutefois encore obtenir les sillons ferroviaires nécessaires.
LES PREMIERS EUROPEAN SLEEPER : SUCCÈS OU EFFET DE MODE ?
Après trois ans d’exploitation, on peut difficilement parler d’échec.
European Sleeper annonçait avoir dépassé les 200.000 voyageurs dès juillet 2025.
Au premier trimestre 2026, la ligne Bruxelles–Prague a encore enregistré 41 % de recettes supplémentaires, avec une capacité en hausse de 19 % et un prix moyen du billet inférieur de 9 %.
La nouvelle liaison Paris–Berlin semble elle aussi avoir rapidement trouvé son public : lancée en mars 2026, elle avait déjà transporté plus de 11.000 voyageurs moins de deux mois plus tard.
Il existe donc manifestement une clientèle pour le retour du train de nuit européen.
MAIS IL Y A UN HIC : LES TRAINS NE SONT PAS VRAIMENT NOUVEAUX
C’est probablement le point sur lequel les agents de voyages doivent rester attentifs.
European Sleeper ne dispose pas aujourd’hui d’une flotte moderne comparable aux nouvelles rames Nightjet.
L’entreprise travaille largement avec des voitures d’occasion louées auprès de différents propriétaires.
Certaines voitures-lits ont plusieurs décennies derrière elles, même si elles ont évidemment été entretenues et, pour certaines, modernisées.
Ancien ne signifie pas mauvais ou dangereux. Le problème est plutôt commercial.
Le voyageur qui paie pour une cabine privée compare désormais son expérience avec celle d’un hôtel ou d’un avion moderne.
Qualité du lit, insonorisation, climatisation, sanitaires, douches, prises électriques, Wi-Fi et restauration deviennent alors des éléments importants du produit.
Et là, la nostalgie du train de nuit ne suffira peut-être pas éternellement.
COPENHAGUE ET MALMÖ : PROBABLEMENT UN TRÈS BON CHOIX
Commercialement, la Scandinavie paraît particulièrement prometteuse.
Copenhague est une destination city-trip forte, tandis que Malmö ouvre directement le sud de la Suède.
Stockholm et Oslo deviennent également accessibles avec correspondance.
Le développement des « coolcations », ces vacances vers des destinations plus tempérées, pourrait encore renforcer l’attractivité du Nord de l’Europe.
Surtout, une liaison nocturne directe depuis Bruxelles permettrait au voyageur belge de partir le soir du centre de Bruxelles et de se réveiller pratiquement au cœur de Copenhague.
C’est précisément là que le train peut marquer des points face à l’avion.
TRAIN CONTRE AVION : LE PRIX NE DIT PAS TOUT
Les tarifs European Sleeper sont variables selon la date et le confort choisi.
Sur les lignes existantes, les prix d’appel tournent généralement autour de 50 à 80 €, mais une couchette plus confortable ou surtout un compartiment privé peut rapidement faire grimper l’addition.
Pour Copenhague et Malmö en 2028, aucun tarif officiel n’est encore publié.
Face à l’avion, la comparaison mérite cependant d’aller plus loin que le simple prix du billet.
Un Bruxelles–Copenhague aérien peut régulièrement se trouver autour de 100 à 200 €, parfois moins en promotion et beaucoup plus aux périodes chargées.
À cela peuvent s’ajouter bagage, choix du siège et transferts entre l’aéroport et le centre-ville.
Le train de nuit offre un autre calcul : centre-ville à centre-ville et une nuit passée à bord, qui peut éventuellement remplacer une nuit d’hôtel.
Pour l’agent de voyages, le véritable comparatif devient donc :
train + nuit à bord + arrivée en centre-ville face à avion + suppléments + transferts + éventuellement hôtel.
L’avion restera imbattable en temps de trajet pur.
Mais si European Sleeper parvient à maintenir des tarifs raisonnables, le train de nuit peut devenir une alternative touristique crédible — et non plus simplement écologique.
LE VÉRITABLE DÉFI : PASSER DE LA NOSTALGIE À UN PRODUIT TOURISTIQUE MODERNE
European Sleeper a déjà gagné une première bataille : prouver que les Européens veulent à nouveau voyager la nuit en train.
La prochaine sera plus difficile.
Pour convaincre durablement une clientèle touristique — et surtout permettre aux agences de voyages de vendre facilement le produit — il faudra progressivement proposer davantage de cabines privées, de meilleurs sanitaires, éventuellement des douches, une restauration fiable et surtout un niveau de confort plus homogène et plus moderne.
Car plus le prix d’une cabine se rapproche de celui d’un billet d’avion additionné d’une nuit d’hôtel, plus le client sera exigeant sur la qualité du matériel proposé.
Pour Bruxelles, une liaison directe vers Copenhague et Malmö serait incontestablement une excellente nouvelle et renforcerait encore son rôle dans le retour du train de nuit européen.
Mais d’ici avril 2028, European Sleeper devra répondre à une question toute simple :
PEUT-ON CONSTRUIRE LE TRAIN DE NUIT EUROPÉEN DE DEMAIN AVEC LES VOITURES D’HIER ?
Probablement oui pour ouvrir rapidement de nouvelles lignes et tester le marché.
Mais certainement pas éternellement.
ETIENNE



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