EASYJET, APOLLO, RYANAIR, TUI : Et si les cartes du tourisme européen étaient en train d'être redistribuées ?
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Tout évolue. Et dans le tourisme, peut-être encore plus vite qu'ailleurs.
Le rachat annoncé d'easyJet par le géant américain de l'investissement Apollo Global Management pour environ 5,7 milliards de livres pourrait sembler, à première vue, n'être qu'une nouvelle opération financière dans le transport aérien.
Ce serait probablement sous-estimer l'enjeu.
Car Apollo ne rachète pas simplement des avions orange et des slots dans les grands aéroports européens.
Le groupe met la main sur easyJet, mais également sur easyJet Holidays, une activité qui prend une importance croissante dans la stratégie de la compagnie.
Et c'est là que le dossier devient beaucoup plus intéressant pour les professionnels du voyage.
RYANAIR RESTE LE ROI DU LOW-COST… MAIS POUR COMBIEN DE TEMPS ?
Soyons clairs : Ryanair reste aujourd'hui la formidable machine du low-cost européen.
Des coûts extrêmement maîtrisés, une flotte énorme, des volumes impressionnants et surtout cette capacité unique à déplacer ses avions là où les conditions économiques lui paraissent les plus intéressantes.
La Belgique en constitue d'ailleurs une parfaite illustration.
Ryanair a annoncé en juillet vouloir retirer cinq avions basés à Charleroi et supprimer deux millions de sièges en Belgique sur l'hiver 2026 et l'été 2027, en réaction à l'augmentation annoncée de la taxe aérienne fédérale.
Ryanair peut se permettre ce genre de bras de fer parce que son modèle repose précisément sur cette mobilité.
Mais Apollo pourrait donner à easyJet des moyens supplémentaires pour développer une stratégie différente.
Pas nécessairement battre Ryanair sur ses prix, mais l'attaquer là où easyJet est déjà forte : grands aéroports, city-trips, clientèle affaires, fréquences, services et vacances.
Apollo envisage d'ailleurs, selon les premières informations disponibles, d'améliorer la segmentation de l'offre, les revenus annexes et les partenariats avec des compagnies long-courriers.
EASYJET HOLIDAYS CHANGE LA DONNE
C'est probablement la partie la plus intéressante du dossier.
easyJet n'est plus simplement une compagnie aérienne transportant un passager de A vers B.
Avec easyJet Holidays, elle vend également le séjour.
Et si Apollo décide d'accélérer fortement cette activité, easyJet pourrait progressivement se retrouver sur un terrain qui n'est plus seulement celui de Ryanair.
Celui de TUI.
Voilà qui change complètement la lecture de l'opération.
ET TUI DANS TOUT CELA ?
TUI reste évidemment un autre mastodonte.
Le groupe a réalisé 24,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, accueilli 34,7 millions de clients et dégagé un EBIT sous-jacent record de 1,46 milliard d'euros à taux de change constants.
Surtout, TUI possède un modèle extrêmement intégré : environ 1.200 agences de voyages, cinq compagnies aériennes avec 125 avions, plus de 460 hôtels et 19 navires de croisière.
Nous sommes donc très loin d'une entreprise en difficulté attendant son repreneur.
Mais une question peut néanmoins être posée.
Apollo pourrait-il un jour s'intéresser à TUI ?
Pourquoi pas ? Dans le monde financier actuel, plus grand-chose ne paraît impossible.
Mais ce n'est qu'une hypothèse parmi beaucoup d'autres et un éventuel rapprochement soulèverait des questions financières, industrielles et surtout réglementaires considérables.
La vraie question est peut-être ailleurs :
Apollo a-t-il seulement besoin de racheter TUI pour concurrencer TUI ?
Probablement pas.
Il pourrait simplement injecter des moyens considérables dans easyJet Holidays, développer de nouveaux marchés européens et procéder demain à d'autres acquisitions ciblées.
Et construire progressivement un nouveau poids lourd européen du voyage.
DEMAIN, QUI SERA ENCORE QUOI ?
C'est finalement la question que cette opération nous inspire.
Une compagnie aérienne est-elle encore simplement une compagnie aérienne ?
Un tour-opérateur est-il encore simplement un tour-opérateur ?
Une plateforme technologique restera-t-elle simplement un intermédiaire ?
Et les grands groupes du voyage resteront-ils indépendants ?
easyJet pourrait devenir davantage tour-opérateur.
TUI est déjà à la fois tour-opérateur, hôtelier, compagnie aérienne, croisiériste et distributeur.
Ryanair pourrait un jour décider que transporter plus de 200 millions de passagers constitue une base commerciale trop extraordinaire pour se limiter éternellement à vendre des billets et des services annexes.
Et derrière eux arrivent les fonds d'investissement, les plateformes numériques, l'intelligence artificielle et de nouveaux modèles de distribution.
ET POUR LES AGENCES DE VOYAGES BELGES ?
C'est probablement là que se trouve la vraie conclusion.
Il ne faut pas nécessairement se demander aujourd'hui :
« Apollo va-t-il racheter TUI ? »
Personne ne le sait.
Ni même :
« easyJet va-t-elle détrôner Ryanair ? »
Rien ne permet de l'affirmer.
Il faut plutôt observer la transformation accélérée de l'écosystème européen du voyage.
Les compagnies deviennent distributeurs.
Les distributeurs deviennent producteurs.
Les tour-opérateurs possèdent des avions et des hôtels.
Les fonds d'investissement achètent des acteurs stratégiques du tourisme.
Et demain, l'intelligence artificielle pourrait encore bouleverser la manière dont le voyage est recherché, assemblé, réservé et vendu.
Pour les professionnels belges du voyage, le message est finalement assez simple :
NE JAMAIS CROIRE QUE LES POSITIONS SONT ACQUISES.
Il y a vingt ans, qui aurait imaginé la puissance actuelle de Ryanair ?
Il y a dix ans, qui aurait imaginé qu'easyJet Holidays deviendrait un élément aussi important de la stratégie d'easyJet ?
Et aujourd'hui, qui peut réellement prédire ce que seront easyJet, Apollo, Ryanair ou TUI en 2035 ?
Personne.
Et c'est précisément ce qui rend le secteur du voyage aussi passionnant.
TOUT ÉVOLUE. ET CEUX QUI NE BOUGENT PAS RISQUENT UN JOUR DE REGARDER LES AUTRES LES DÉPASSER.
ETIENNE



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